Arnaud Dangoisse, 56 ans, est enseignant à Croissy-Beaubourg (Seine-et-Marne). Il est l’auteur de deux romans dont l’un est plus particulièrement destiné à des collégiens. Si ses livres traitent des génocides au Rwanda et au Burundi, ils n’en demeurent pas moins une belle déclaration d’amour au continent africain. Entretien avec l’auteur.

Qu’est-ce qui vous motive dans l’écriture ?

Je suis professeur des écoles depuis plusieurs années et l’un de mes premiers objectifs a été de transmettre l’amour de la littérature à mes élèves. Enfant, je dévorais les livres. Ils m’ont permis à la fois de découvrir des contrées inexplorées et d’y vivre des aventures palpitantes, mais aussi et tout simplement, de me laisser guider par la mélodie des mots. J’ai eu envie de partager cet univers avec les autres et l’Afrique a été pour moi un déclic.

Vous avez effectué votre service militaire pendant deux ans à Butaré, principale ville de la province du Sud du Rwanda. C’était au moment du génocide contre les Tutsis en 1994 ?

Non. J’y étais de 1986 à 1988. Mais l’été où je suis parti, il y a eu des massacres au Burundi, le pays voisin, avec les mêmes ethnies, Hutus et Tutsis. Une tragédie qui a d’ailleurs nécessité la présence sur place de l’ONG Médecins sans frontières.

En quelques mots, l’histoire de vos deux romans ?

MATHIEU ET L’ENFANT DU RWANDA est paru en 2002 chez L’Harmattan. Il relate les aventures de Mathieu, un jeune Français, qui débarque à Paris et fait la rencontre de Keyna, un jeune Rwandais qui a échappé aux massacres dans son pays.

Le second, BUTARÉ, BOÎTE POSTALE 315, a été publié en 2009 aux éditions Ruisseaux d’Afrique. Il traite de la question du déracinement et de la découverte d’un nouveau territoire à travers l’histoire d’un jeune volontaire français qui correspond par écrit avec sa bien-aimée. La fin du récit laisse envisager le génocide qui se produira en 1994.

Comment traiter un sujet aussi grave qu’un génocide ethnique auprès de jeunes lecteurs ?

MATHIEU ET L’ENFANT DU RWANDA retrace l’histoire de ce petit pays et essaie de mettre en lumière les éléments qui ont pu mener à ce drame. Les choses ne sont pas toujours réellement ce qu’elles ont l’air d’être. Il y a eu – et il y a encore – de nombreuses zones d’ombre concernant le génocide. La réalité, c’est la souffrance qui s’est installée durablement dans les esprits rwandais. Mais il a permis également un certain renouveau de cette nation. Il faut comprendre que tout s’est embrasé très vite alors, qu’en apparence, cette destination était connue pour être une région plutôt calme.

Ces moments de quiétude, j’ai voulu les partager avec les lecteurs dans BUTARÉ, BP 315. J’y ai en effet vécu des instants magiques, inoubliables et remarquables. Et puis l’Afrique, c’est une affaire de famille. Mon père y a fait son service militaire pour ensuite y travailler pendant six ans. Mes parents s’y sont rencontrés. L’Afrique, pour moi, c’est le continent mystérieux et merveilleux, le monde de Tarzan. Au Rwanda, il y avait la forêt primaire, peuplée par les colobes, ces singes à longue queue blanche et à l’apparence très humaine.

C’est là, aussi, que l’on va découvrir les derniers gorilles de montagne. En 1983, quand je suis arrivé, cela ne faisait pas si longtemps que Diane Fossey avait été assassinée [NDLR : un film a été réalisé en 1988 avec Sigourney Weaver sur sa vie : Gorilles dans la brume]. Et puis, c’est également cette Afrique des expéditions du début du XIXe siècle. J’ai eu la chance de randonner jusqu’au sommet d’un volcan, le Nyamulagira, dans l’ex-Zaïre. Nous avancions, suivis par cette longue cohorte caractéristique de porteurs que l’on voit souvent dans les films. Il n’était nullement envisageable de se risquer autrement sur les flancs de cette montagne. Tradition oblige, je pense.

Un autre projet de roman ?

Oui. En fait, le petit dernier vient de sortir des limbes de l’écriture. Il traite d’un tout autre sujet, passionnant également : les chevaux. C’est un roman qui s’adresse à tous, peut-être plus particulièrement aux grands adolescents. Il raconte l’histoire d’une jument, un peu sauvage et mal aimée, qu’une jeune fille s’est promis de sauver. Il y a aussi un jeune garçon parti de chez lui pour échapper à son père violent. Ces deux-là vont essayer de sortir des sentiers battus et finir par se reconnaître. Mais je n’en dis pas plus. Le livre n’est pas encore publié puisque je recherche un éditeur.

Merci Arnaud. Et c’est avec plaisir que nous prenons rendez-vous avec vous pour la sortie de votre prochain roman.